« 16 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 235-236], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4244, page consultée le 25 janvier 2026.
16 mars [1843], jeudi, 12 h. ¾
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher petit homme, comment vas-tu, ce matin, mon
ravissant petit homme ? Moi je vais bien, j’irais encore mieux si tu étais venu déjeuner avec moi. Cependant la soirée d’hier m’a fait du bien. J’ai dormi d’un sommeil
paisible et doux, ce que je n’avais pas fait depuis deux jours tant j’étais agitée
et
agacée. Au moment où je te parle de cela, je pense, mon pauvre adoré, que tu ne prends
aucun repos, toi, et j’ai honte de celui que je prends comme d’une mauvaise action
quand je te sais veillant et travaillant comme un pauvre ouvrier qui attend son
salaire pour acheter du pain à sa famille. Quand je pense à cela, mon pauvre
bien-aimé, je n’ai plus le courage d’être heureuse. J’ai le cœur serré et l’âme
triste. Il faut espérer pourtant que cet encombrement touche à sa fin et que tu
pourras respirer et te reposer après pendant quelque temps. Je le désire, mon cher
amour, pour ta santé et pour notre bonheur qui en ont bien besoin tous les deux.
J’ai fait un commencement de liste pour les billets que tu veux donner mais il
faudrait tâcher d’avoir les billets ce soir. Autrement cela devient presque inutile.
Je suis ravie quand je pense à la déconvenue de ces hideuses canailles de Maxime et du Constitutionnel. C’est une joie des plus vives pour moi que de voir renfoncer
la haine de tes hideux ennemis dans leurs hideux ventres. Aussi, hier au soir, j’ai
été la plus heureuse des femmes car on ne leur a fait grâce de rien, ils ont été
forcés d’avaler toutes les beautés de la pièce, le public leur a pincé le nez pendant qu’on leur entonnait de force cette magnifique poésie.
Quel bonheur !!!! Je t’aime, je t’adore.
Juliette
« 16 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 237-238], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4244, page consultée le 25 janvier 2026.
16 mars [1843], jeudi soir, 6 h.
Tu es donc toujours bien occupé, mon cher amour, que je ne te vois pas ? Ce n’est
pas
indifférence, n’est-ce pas mon bien-aimé ? Tu sais bien que j’ai besoin de ton amour
pour vivre et rien que par bonté tu dois m’aimer. Aussi j’attribue ton absence à tes
affaires sans nombre. Tu vois que je suis bien raisonnable.
Je viens d’envoyer
chercher un bain pour le prendre tout de suite car voilà bientôt deux mois que je
n’en
ai pas pris. J’ai le sang à la tête et je sens que j’ai besoin de me rafraîchira, outre les raisons de propreté qui
m’y forcentb.
Je suis toujours
sans argent. Me revoilà de nouveau endettée avec Suzanne. Je n’ai aucune provision ni d’huile, ni de vin, ni d’épicerie,
ce qui fait monter la dépense de chaque jour beaucoup plus haut. Ajoute que depuis
10 jours, j’ai presque toujours quelqu’un soit à dîner, soit à
déjeuner avec moi. Cela tient à ta pièce et aux circonstances qui s’y rattachent mais
cela n’en augmente pas moins la dépense. Je te raconte tous ces détails ennuyeux pour
que tu comprennes sans te fatiguer la tête, pourquoi je dépense tant d’argent quand
j’en ai si peu.
Maintenant, mon cher adoré, ne tarde pas à venir. Je t’attends,
je te désire et je t’aime.
J’oubliais de te dire que le hideux Barthès est venu tantôt pendant que je déjeunais.
Suzanne a eu l’esprit de lui dire que je
n’y étais pas. Il a demandé l’adresse de Claire et donné la sienne à Suzanne en même temps. Je te raconterai cela en détail, quoique ce soit
très peu intéressant. Je t’aime.
Juliette
11 h. du soir
J’ai besoin de te dire mon Toto que tu es le plus doux et le meilleur des hommes. Je baise tes chers petits pieds.
a « raffraîchir ».
b « force ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
